Poitiers, 17 mai 2012 (Ascension)

Actes 1:1-14

Frères et soeurs,

nous sommes invités aujourd'hui à nous pencher sur cet épisode où Jésus rejoint son Père, où il est enlevé de devant ses apôtres. Le ressuscité, prémices de notre propre résurrection, n'appartient plus à notre monde. Il est déjà dans ce monde à venir, cet autre monde, que nous rejoindrons aussi, à la fin des temps, à la résurrection.

Ce texte est l'illustration du passage d'un monde à l'autre, de la terre au ciel, mais il est aussi la manifestation que ces deux mondes se rejoignent, se sont rejoints. La Bible nous conte aussi d'autres de ces rencontres.

J'en reprendrai certaines avec vous ce soir, aidé par les illustrations.

Les deux mots, le ciel et la terre, sont déjà présents dans le premier verset de la Bible, verset qui commence par ce mot qu'on traduit par "au commencement", mais qui pourrait aussi vouloir dire "au principe", "en premier". L'acte créateur de Dieu produit le ciel et la terre. Ciel est d'ailleurs en hébreu un mot pluriel, comme beaucoup d'autres en fait. Mais c'est tout de même un mot pluriel.

L'Evangile de Jean commence délibérément par la traduction grecque de ce premier mot, pour nous dire que dès cette création, la Parole était là, et que cette Parole, c'était déjà celui qui allait s'incarner, venir dans cette création, sur la terre. Il est déjà le lien entre le ciel et la terre.

Autre récit qui mentionne la terre et le ciel, mais l'approche se fait dans une autre direction : la tour de Babel. Dans cette histoire, ce sont les hommes qui veulent atteindre le ciel. Plus haut, toujours plus haut. Comme notre texte des Actes, ce passage mentionne une dispersion sur la terre, dispersion des hommes ou dispersion de la prédication. Les hommes à Babel cherchaient à se faire un nom, alors que les apôtres proclament le nom de Jésus. Ils voulaient atteindre le ciel. C'est le ciel qui est descendu vers l'humanité en Jésus. C'est le seul des récits qui racontent une initiative humaine d'atteindre à la divinité. Les autres sont des épisodes où Dieu se manifeste.

Voilà donc un autre passage bien connu. Jacob fuit vers chez son oncle Laban, qui deviendra son beau-père. Et il a un songe. A l'endroit où il se trouve se trouve aussi un point de contact entre les deux mondes, entre la terre et le ciel. Il voit une échelle où des anges, des messagers montent et descendent. Ces messagers sont donc aussi des porteurs de messages qui montent vers Dieu et qui descendent vers les hommes. Dieu ne se désintéresse pas des hommes. Il cherche le contact. Pour une relation vraie avec Dieu, Jacob aura besoin de quasiment toute une vie, un combat, pour comprendre que Dieu est aussi ce Dieu d'une promesse vécue.

Un peu plus loin dans la Bible, voici un prophète, quelqu'un qui a vécu sa vie en conversation avec Dieu, qui a vécu le ciel sur la terre, et qui à la fin de sa vie terrestre est emporté dans un tourbillon vers cet autre monde. C'est le récit de l'enlèvement d'Elie, récit grandiose qui nous parle de chariots de feu. L'ascension de Jésus est plus modeste. Elie était la manifestation du message de Dieu pour ses contemporains. Il était tellement déjà du ciel, qu'il y est resté.

Je retiendrai en plus de l'ascension deux autres moments racontés par l'Evangile de Luc où le ciel et la terre se rejoignent.

Quand Jésus se fait baptiser, le ciel s'ouvre. On voit le Saint-Esprit qui descend et on entend une voix qui dit : Tu es mon fils bien aimé. Ce n'est plus les hommes qui tentent d'atteindre le firmament, c'est le firmament qui s'abaisse, c'est l'incarnation qui est confirmée. Le ciel est présent sur la terre.

Un autre moment où se manifeste cette présence du ciel, c'est la transfiguration. On y retrouve Elie en compagnie de Moïse et de Jésus. Jésus y est brillant, lumineux, glorieux. Pierre voudrait faire durer ce moment et propose de construire des cabanes. Mais l'épisode est de courte durée, et il se conclut par cette parole, semblable à celle du baptême : Celui-ci est mon fils élu, écoutez-le. Nouvelle confirmation de la présence du ciel sur la terre.

Mais les apôtres n'ont toujours pas compris comme nous le verrons dans le récit de l'ascension.

Allons plus loin. Notre Nouveau Testament se termine par un récit de vision, celle du livre de l'Apocalypse. L'auteur nous y présente diverses visions pour expliquer le salut, pour présenter ce ciel qu'on ne pourrait pas décrire sans image, sans symbole, tant il est différent de ce que notre langage parvient à dire. Il voit une porte ouverte, il entend des voix, il voit un trône, et tant d'autres choses et événements. Et ce récit se termine par une autre image d'un monde nouveau, d'une réalité nouvelle, où la ville de Dieu descend du ciel, où le ciel rejoint la terre définitivement, où la volonté de la première ville impériale d'atteindre le ciel paraît alors parfaitement ridicule. Dans cet autre monde de la résurrection, où les anciens ciel et terre auront disparus, de nouveaux cieux et une nouvelle terre seront, qui seront réunis là où sera Dieu.

Mais les apôtres avaient aussi à comprendre que dès à présent le ciel était là, avec eux, par eux présent sur la terre. Mais manifestement ils ne le comprenaient pas.

Plusieurs éléments nous le montrent.
D'abord, quand Jésus leur parle du Royaume de Dieu pendant 40 jours, eux lui demande quand il va rétablir le Royaume d'Israël. Il sont toujours sur la terre, terre à terre. Il n'ont pas compris que le Royaume de Dieu était déjà venu, déjà là. Mais Jésus leur a tout de même répondu, que les temps et les moments n'ont pas à être leur souci. Cela appartient à Dieu.

Jésus leur rappelle leur responsabilité, la prédication, être les témoins, et ce jusqu'aux extrémités de la terre. On pourrait aussi dire la fin de la terre. Ou même la fin du temps de la terre.

Mais ils ne comprennent toujours pas. Le nombre de verbes ou d'expressions qui montrent où les apôtres regardent est impressionnant, en 3 versets 6 fois. Ils ne peuvent détacher leurs yeux de Jésus. Ils regardent là où il n'est plus, vers le ciel, vers ailleurs. Alors des anges (encore) leur disent, que oui il va revenir, mais votre responsabilité est ici bas.

Ils descendent donc de la montagne où ils se trouvaient et rentrent sans Jésus, un peu comme Elisée qui était reparti sans Elie.

Mais ça ne les quitte pas, ils recommencent à monter, dans la chambre haute. Ils attendent l'Esprit, celui qui il y a quelques temps était descendu sur Jésus, et qui leur a été promis.

Et c'est là qu'enfin ils commencent à faire vivre ensemble le ciel et la terre, le ciel sur la terre, ils persévéraient dans la prière.

Mais la prière n'est pas pour s'élever vers le ciel, pour s'extraire de la terre, elle est justement pour faire ce lien, pour rendre à la fois présente la terre au ciel et le ciel sur la terre, un peu comme les anges de Jacob qui montaient et descendaient l'échelle.

Ce texte non seulement nous explique pourquoi le Ressuscité n'est plus présent parmi les hommes, mais aussi, il nous demande de ne pas, de ne plus séparer le ciel et la terre, de ne pas considérer que les affaires de Dieu, les affaires du ciel, sont à part des affaires de la terre, des affaires de notre monde.

Annoncer l'Evangile, prêcher le Royaume de Dieu, ce n'est pas seulement parler du ciel, des temps de la fin, c'est aussi parler de la terre, des hommes, de la terre jusqu'à ses extrémités, des hommes dans toute leur vie. Parce que Dieu s'est incarné, parce qu'il a choisi d'être présent à sa création, de l'accompagner, parce qu'il s'est choisi des témoins de son amour et de sa grâce.

La prière n'est pas un moyen de fuir ce monde, mais un moyen de le présenter à Dieu, d'en faire notre souci quand c'est déjà le sien. C'est aussi une manière de s'enrichir de l'Esprit, de se mettre à l'écoute du Père. Le Fils est venu, il nous a montré comment vivre, comment prier, il nous a montré ce qu'était le royaume des cieux déjà là. La prière avec l'écoute de la Parole, l'étude des Ecritures, est ce moyen qui nous a été donné pour être à la fois encore sur la terre et déjà au ciel. Même s'il n'est plus là, Jésus est encore avec nous, ou, pour le dire d'une autre façon, en nous.

Et cela n'est possible que parce qu'il est parti. Nous savons qu'il reviendra un jour, mais il nous a laissé une mission et la force de l'accomplir, son amour, l'Esprit et les Ecritures comme clés de ce Royaume déjà là à vivre comme les prémices du Royaume à venir, celui de cette nouvelle Jérusalem qui descendra du ciel sur cette nouvelle terre où tout sera réuni.

De même qu'Elisée avait reçu une part de l'esprit d'Elie, de même Dieu nous a donné son Esprit, une puissance pour être les témoins de Jésus et les acteurs du salut qu'il offre à l'humanité et au monde.

Alors ne nous arrêtons pas à regarder le ciel, mais allons rendre présent le Royaume des Cieux là où nous sommes placés comme témoins de la grâce en attendant de pouvoir dire : Maranatha, viens Seigneur Jésus. Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec vous tous.

Amen.

(Philippe Cousson)

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